Institution
Sainte-Marie à Tunis dans les année 50
Photo
de classe - Les Copains d'Avant (1) - Les
Copains d'Avant (2) - Les Bidasses - 11ème
1948- Chorale(55) - Seconde
1961 - Les Notes - Qui
est Qui?
Pensionnaire chez les Maristes 1946-1953 (Daniel Chappuis)
A
la rentrée d’octobre 1946 nous nous sommes retrouvés,
mon frère Marc et moi, qui n’avait pas encore huit ans,
pensionnaires à l’Institution Sainte Marie, 5, rue d’Algérie
(au coin de la rue Charles De Gaulle) à Tunis, école libre
tenue par les pères et les frères marianistes (et non
pas maristes comme nous le disions : les Marianistes ont leur maison
mère à Bordeaux, tandis que les Maristes sont de Lyon).
Cette école existe toujours, tenue par deux frères marianistes
qui aidés de professeurs tunisiens enseignent toujours la langue
française.
Nous nous retrouvions dans cette institution catholique car nos parents n’avaient pas trouvé de places, ni au grand lycée d’État de Tunis, le lycée Carnot, qui à l’époque avait une section primaire appelée le petit lycée, qui ne recevait pas d’élèves pensionnaires, et une section d’études secondaires, ni au collège Maurice Cailloux, du nom d’un colon pionnier de l’agriculture céréalière en Tunisie, qui venait d’ouvrir près de Carthage. Pourtant ce collège avait vocation à accueillir les enfants des colons mais le nombre de places devait être limité ou bien fallait-il des recommandations particulières pour y être admis ? Je ne sais. De plus le foyer protestant “Éva Cabantous” destiné à accueillir des pensionnaires, garçons et filles, qui poursuivaient leur scolarité à Tunis n’était pas encore construit. Il le sera au début des années 50. Toujours est-il que les bons pères voulurent bien nous accueillir bien que nous fussions protestants. Le père supérieur, l’abbé Chazotte - qui était chanoine - petit homme rond, placide et bienveillant, mis pour seule condition que nous suivions les cours d’instruction religieuse et que nous assistions à la messe hebdomadaire, ce qui fut le cas pendant les sept années passées dans cette école. Cette obligation s’appliquait aussi aux élèves orthodoxes mais pas aux quelques élèves juifs et arabes. Ces élèves de confession orthodoxe étaient les descendants des Russes blancs qui avaient échoué à Bizerte en 1921 avec des navires de l’armée Wangler défaite par les bolcheviques. 700 d’entre eux s’installèrent en Tunisie et j’ai eu dans ma classe un nommé Chavatoff et un autre nommé Yankowitch dont le père était devenu un agronome - spécialiste des sols - de grande réputation à l’École Coloniale d’Agriculture de Tunis. Je dois dire que malgré ces obligations religieuses les pères n’exercèrent jamais aucune pression, ni sur moi - mais il faut dire que lorsque le père supérieur m’avait demandé ce que je voulais faire plus tard, question idiote que l’on posait bien souvent aux enfants, je lui avais répondu : pasteur ! - ni, je pense, sur Marc, ni sur Gilles, mon jeune frère, qui nous rejoindra plus tard. Leurs bienveillances allaient jusqu’à nous permettre d’assister chaque dimanche aux cours d’instruction biblique de l’école du dimanche qui avait lieu au temple de l’Église Réformée, rue Charles De Gaulle, pas très loin de l’Institution Sainte Marie, même, ce qui arrivait quelquefois, si nous étions “en retenue” ce jour-là. Les bâtiments de l’école s’étendaient le long de la rue Charles De Gaulle connue à Tunis sous le nom de rue d’Italie, son nom d’avant 1945. Du côté intérieur s’ouvraient, l’une après l’autre, trois cours de récréation. La première était réservée aux élèves de l’école primaire, la secondes aux élèves de la sixième à la quatrième et la dernière aux élèves des grandes classes : troisième, seconde, première. Dans chacune des cours de grands arbres, des ficus, donnaient de l’ombre toute l’année. Aux rez-de-chaussée et aux premiers étages, les salles de classes qui s’ouvraient sur de larges galeries ouvertes. Aux seconds étages le dortoir des petits et le dortoir des grands. Sous les combles, la lingerie qui entretenait le linge des élèves. Marc avait le n° 20 et moi le N° 21, numéros cousus sur chacune de nos affaires : linges de corps, draps, serviettes. Les dortoirs étaient agencés en travées séparées par une cloison de bois de un mètre cinquante de haut, chaque travée contenait trois lits disposés dans le sens de la longueur et en face de chaque lit adossé à l’autre paroi de la cloison une petite table de nuit équipée d’un cadenas dont nous conservions précieusement la clé avec nous. Le matin il fallait faire son lit. Les dortoirs, comme les salles de classe, n’étaient pas chauffés. J’entrais donc en 10ème - ce qui correspond au CE1 - et nous étions une quarantaine d’élèves dans la classe dont beaucoup d’origine italienne. Cela me changeait de l’ambiance de l’école d’El Aroussa. De plus me retrouver enfermé entre quatre murs alors que je n’avais jusqu’alors connu que les grands espaces du bled me semblait bien étrange. Le plus difficile était la séparation d’avec les parents. Le soir surtout lorsque l’on se retrouve dans son lit, dans un grand dortoir, sans avoir bénéficié de la présence et de l’affection maternelle. Se lever au petit matin au claquement sec des mains du surveillant, faire sa toilette à l’eau froide, surtout l’hiver - mais je passais pour être “vaillant” - dans une cuvette que l’on renversait sur elle-même dans un large conduit courant tout le long du mur du dortoir puis descendre en rang vers le réfectoire, qui sentait la soupe aigre, prendre un grand bol de café au lait - pour moi qui détestait le lait - ou prendre ses repas - nourriture de pensionnat dont le plus mauvais souvenir est la soupe au tapioca - dans des assiettes de fer blanc et boire dans des gobelets en aluminium qui sentaient l’eau de vaisselle et, ensuite se retrouver en études pour une bonne demi-heure dans l’attente de l’arrivée des externes et le début des classes, cela fut une dure épreuve et pourtant je n’ai pas gardé de ces quatre années de pension un souvenir trop désagréable. La journée et semaine de classe étaient longues puisque outre le dimanche nous ne bénéficions que de deux après midi de congé : le jeudi et le samedi que nous passions le plus souvent dans la cour à jouer au ballon ou lorsque nous étions plus grand à la pelote basque. Le dimanche nous restions à l’école mais l’après midi nous allions en promenade, toujours en rangs, sur l’esplanade de l’avenue Gambetta à l’autre bout de la ville. Nous ne retournions à la ferme, Papa venait nous chercher en voiture, que pour les vacances scolaires : 2-3 jours à la Toussaint, une dizaine de jours pour la Noël et quinze jours à Pâques. Les vacances d’hiver, au mois de février, n’existaient pas à cette époque, mais l’année scolaire était plus courte que maintenant puisqu’elle s’étendait traditionnellement du 1er octobre au 21 juin et qu’elle était entrecoupée des fêtes républicaines, des fêtes chrétiennes et de certaines fêtes juives - le Youm Kippour, le nouvel an juif - et musulmanes - l’Aïd et le Mouled qui est la commémoration de la naissance du prophète Mahomet. Cette brève durée de l’année scolaire, et encore s’arrêtait-elle dans le secondaire vers le 5 ou10 juin en raison des examens, explique l’intensité des sept heures de cours journaliers sans compter les heures d’études, le matin et le soir. Les cours ne m’ont pas laissé de souvenirs impérissables et j’étais un élève très très moyen... A part la lecture - j’étais assez bon en analyse grammaticale et en analyse logique - je ne me souviens pas avoir appris grand chose ces années-là, mais je réussissais à l’examen d’entrée en sixième en 1950 sans redoubler de classes primaires. A cette époque on écrivait avec une plume fichée dans un porte-plume jusqu’à la septième, le stylo plume à réservoir d’encre n’était autorisé qu’à partir de la classe de sixième et le crayon à bille, qui venait d’être inventé, était strictement interdit car il déformait, parait-il, l’écriture en empêchant de faire des pleins et des déliés comme la plume sergent-major... personnellement je n’ai pas eu besoin d’écrire au crayon à bille pour avoir une mauvaise écriture. Ces premiers crayons à bille, sans doute des Bic, étaient exclusivement garnis d’encre violette, comme celle des encriers, encre qui d’ailleurs ne tardait pas à couler dès que le crayon avait trop longuement tiédi dans la main. A la rentrée d’octobre 1950 nous n’étions plus pensionnaires, mais demi-pensionnaires, Papa et maman s’étant installés à Tunis, mais cela n’améliora pas la qualité de mes prestations scolaires, bien au contraire. Les études étaient très classiques à l’ ”École Secondaire Libre” : français, mathématiques, latin, anglais. Si en français cela allait à peu prés, en latin je n’ai pas beaucoup dépassé le stade “rosa, rosam, rosarum” et en anglais n’en parlons pas. Il faut dire que les méthodes pédagogiques de l’époque étaient assez lamentables. En anglais par exemple, madame Gaudioz, le professeur, se contentait de nous faire apprendre et d’essayer de nous faire réciter chaque jour une vingtaine de mots de vocabulaire. De plus, excepté pour l’anglais, nous avions un professeur unique pour toutes les autres matières et cela n’est pas nécessairement un avantage car lorsque ce professeur est mauvais, ou du moins lorsqu’il ne convient pas à l’enfant, celui-ci ne peut pas rattraper une déficience dans un domaine par un meilleur entendement dans un autre domaine. Cela n’est profitable que si le professeur est de haute qualité, ce qui n’était sans doute pas le cas chez les marianistes. En fait, je m’ennuyais à l’école et mon esprit était plus tourné vers le scoutisme que vers les études. Peut être étais-je aussi un peu paresseux, mais ce n’est pas certain. Ce manque de dispositions pour les études m’amena à redoubler la classe de cinquième. La discipline était ferme sans être rude. Chez les “petits” la sanction, en cas de manquements, était de faire des tours de cour pendant la récréation à la queue leu leu, sans parler et de préférence avec l’air contrit. Le surveillant général, le vieux Monsieur Séguier - il devait mourir en 1952 à l’âge de 78 ans - un fort brave homme, tenait la comptabilité dans un carnet, du nombre de tours à faire par chaque puni. La grande punition était la retenue, appelée aussi “colle”, du dimanche : interdiction de sortir, ce qui n’était pas bien gênant puisque le plus souvent nous passions nos dimanches à la pension, mais là nous étions aussi privés de promenade. L’autre surveillant, tout aussi âgé que le père Séguier mais plus sournois que lui, s’appelait Monsieur Falzon. Au moment du départ pour les grandes vacances nous chantions tous en chœur : “Gai,
gai l’écolier, Chez
les moyens, de la sixième à la quatrième, les punitions
consistaient, outre la colle du dimanche, à des arrêts
: il s’agissait, pendant les récréation de rester
debout, sans parler, et bien entendu sans jouer, devant la salle de
classe. Le surveillant général, Monsieur Durand, surnommé
“Pitchoun” ou “Pitch”, était aussi le
professeur principal de la classe de quatrième verte. C’était
un petit homme boulot et hargneux, car nous le faisions enrager, avec
de petites lunettes cerclées de fer, qui le faisait ressembler
à Francis Blanche dans les films où il joue le rôle
d’officier allemand. Marc l’a revu en 1959 à Montredon-Labessonnié
dans le Tarn lorsqu’il était en stage à la Caisse
de Crédit Agricole de ce département. Dans les cas graves
d’indiscipline nous étions envoyés devant le Supérieur
qui après s’être enquis des raisons de notre parution
avec un air réprobateur et blasé nous donnait à
faire dix ou vingt cubes : de 731 à 740 par exemple. Il fallait
dans un délai convenu faire les multiplications : 731 X 731 et
le résultat X 731, puis 732 X 732 X 732... puis retourner devant
le Supérieur qui vérifiait dans son petit carnet l’exactitude
des résultats obtenus et recommencer tant qu’ils n’étaient
pas justes. Sacrée corvée que je pratiquais assez souvent,
mais excellent exercice. Une autre punition consistait à apprendre
par cœur des vers latins qu’il fallait ensuite réciter
sans faute mais elle était réservée aux “grands”
et j’y ai échappé. Pensionnaires
nous avions droit à nos petites gâteries. Chaque élève
avait en dépôt, chez la concierge de l’établissement,
une petite bonne femme sans menton, une boite en bois contenant de la
confiture et du chocolat, ramenés de la maison, dont nous allions
chercher un morceau pour accompagner notre tranche de pain sec au moment
du goûter. Mais il y avait aussi une boutique de vente de gâteaux,
brioches, bonbons, réglisses, placé sous la responsabilité
de l’intendant Monsieur Bardou et qui ouvrait pendant la récréation
du matin et pendant la récréation de l’après
midi. Les gâteaux étaient fournis par la maison Angélica,
rue d’Alger. Durant plusieurs années j’ai tenu cette
boutique qui était installée à cheval entre la
cour des petits et celle des moyens et qui ouvrait de chaque côté
par un guichet. |
| Daniel Chappuis. 1999 |
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